Surdité : degrés, types, évaluation et effets sur le quotidien
Qu’est-ce que la surdité?
La surdité couvre des réalités très différentes. Degrés et types de perte auditive, évaluation en audiologie, aides, communication et lien avec le CIPH.
La surdité est la perte de la capacité à entendre. Le mot couvre une réalité très large : une atteinte peut être légère ou profonde, toucher une oreille ou les deux, être présente à la naissance ou apparaître plus tard, rester stable ou évoluer. Deux personnes qui se disent sourdes ne vivent donc pas la même chose.
Cette page décrit les degrés et les types de perte auditive, la façon dont l’audition est évaluée au Québec, et les moyens de communication et d’appareillage possibles. Aucun de ces moyens n’est présenté ici comme le bon choix : l’oral, la langue des signes, la lecture labiale et les aides techniques se combinent selon la personne, son âge et son milieu.
Une baisse d’audition rapide et soudaine demande une évaluation sans attendre. L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec est explicite sur ce point dans sa page Quand et pourquoi consulter l’audiologiste. En cas de doute sur l’urgence, Info-Santé au 811, option 1, oriente vers la bonne ressource, et la page Quand consulter à l’urgence de Santé Québec précise les situations qui exigent le 911.
Qu’est-ce que la surdité?

L’Organisation mondiale de la santé parle de perte auditive quand une personne n’entend pas aussi bien qu’une personne dont le seuil est de 20 décibels ou mieux dans les deux oreilles. La perte peut être légère, moyenne, moyennement sévère, sévère ou profonde, et elle peut toucher une seule oreille.
Le vocabulaire courant sépare deux réalités. Les personnes malentendantes ont une perte moyenne à sévère et communiquent généralement par la parole, avec l’appui d’aides auditives, d’implants ou du sous-titrage. Les personnes sourdes ont le plus souvent une perte profonde : elles n’entendent plus ou pratiquement plus, et certaines utilisent la langue des signes.
Ce découpage reste approximatif et beaucoup de personnes se situent entre les deux. Le chiffre qui compte au quotidien n’est pas le seuil mesuré, mais ce que la personne arrive à comprendre dans une conversation réelle, avec du bruit ambiant, plusieurs interlocuteurs et des visages qu’elle ne voit pas toujours.
| Degré | Ce qui se passe en conversation | Ce qui aide souvent |
|---|---|---|
| Audition dans la norme | Seuil de 20 décibels ou mieux dans les deux oreilles selon l’OMS. | Aucun besoin d’appareillage, protection auditive utile en milieu bruyant. |
| Perte légère | Des bouts de phrases échappent, surtout au téléphone. Les voix aiguës et les consonnes comme f, t et s deviennent floues. | Réduire le bruit ambiant, voir le visage de l’interlocuteur, évaluation en audiologie. |
| Perte moyenne à moyennement sévère | Suivre une conversation de groupe demande un effort constant et fatigue. | Prothèses auditives, aides de suppléance, stratégies de communication. |
| Perte sévère | La parole n’est plus comprise sans appareillage, même en tête-à-tête. | Appareillage ajusté, sous-titrage, réadaptation, parfois implant. |
| Perte profonde | La personne n’entend plus ou pratiquement plus. | Implant cochléaire selon le cas, langue des signes, interprétation, sous-titrage. |
D’où vient une perte auditive?

Les causes changent selon le moment de la vie. L’Organisation mondiale de la santé les regroupe par période : facteurs génétiques et infections avant la naissance, complications à l’accouchement, infections de l’oreille pendant l’enfance, puis vieillissement et maladies chroniques à l’âge adulte. D’autres causes traversent toutes les périodes.
Au Québec, la surdité présente à la naissance touche environ 4 à 6 nouveau-nés sur 1 000, à des degrés variables. Parmi eux, un nouveau-né sur 1 000 présente une surdité dont les conséquences sur le développement sont très importantes. C’est la raison d’être du programme de dépistage de la surdité chez les nouveau-nés, qui vise une détection rapide.
| Période | Causes rapportées par l’OMS | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Avant la naissance | Facteurs génétiques, infections contractées pendant la grossesse comme la rubéole ou le cytomégalovirus. | Une histoire familiale de surdité justifie une surveillance de l’audition en bas âge. |
| Autour de la naissance | Manque d’oxygène, ictère sévère du nouveau-né, faible poids à la naissance. | Ces bébés font l’objet d’un suivi plus serré même si le dépistage est réussi. |
| Enfance et adolescence | Infections chroniques de l’oreille, liquide dans l’oreille moyenne, méningite. | Une atteinte même légère peut nuire au langage et aux apprentissages. |
| Âge adulte et vieillesse | Vieillissement, maladies chroniques, tabagisme, otosclérose, perte neurosensorielle soudaine. | La perte liée à l’âge est permanente, progressive et touche les deux oreilles. |
| À tout âge | Bouchon de cérumen, traumatisme de l’oreille ou de la tête, bruits intenses, médicaments ototoxiques. | Certaines causes se corrigent, d’autres laissent une atteinte permanente. |
Deux causes dominent chez l’adulte selon Santé Canada : l’âge et l’exposition à des sons forts. La page sur la perte auditive et l’acouphène précise que la perte liée à l’âge ne peut pas être évitée, alors que celle induite par le son se prévient. Après un choc à la tête, notre page sur le traumatisme crânien décrit d’autres séquelles possibles.
Quels sont les types de perte auditive?

Le classement dépend de l’endroit où se situe le problème. Une surdité peut venir d’une malformation ou d’un mauvais fonctionnement de l’oreille externe, de l’oreille moyenne ou de l’oreille interne. Elle peut toucher seulement certains sons, graves ou aigus, ou tous les sons, et se révéler temporaire ou permanente.
| Type | Partie de l’oreille en cause | Ce qui la caractérise |
|---|---|---|
| Atteinte de transmission | Oreille externe ou oreille moyenne. | Le son se rend mal jusqu’à l’oreille interne. Un bouchon de cérumen, une otite ou une perforation entrent dans cette catégorie, et certaines causes se traitent. |
| Atteinte neurosensorielle | Oreille interne ou voies auditives. | La perte liée à l’âge et celle induite par le son en font partie selon Santé Canada. Elle ne se guérit pas, elle se gère. |
| Atteinte mixte | Les deux à la fois. | Une partie du problème peut répondre à un traitement médical, l’autre non. |
| Perte unilatérale | Une seule oreille. | Localiser les sons devient difficile et comprendre dans le bruit demande beaucoup d’effort. |
| Perte soudaine | Le plus souvent l’oreille interne. | Une baisse rapide et soudaine doit être évaluée sans attendre, avec ou sans vertige associé. |
Les vertiges et les acouphènes accompagnent parfois une atteinte auditive, parce que l’oreille interne loge aussi le système de l’équilibre. Quand baisse d’audition, acouphènes et vertiges surviennent ensemble et reviennent par épisodes, notre page sur la maladie de Ménière décrit un tableau qui mérite d’être évalué en tant que tel.
Comment l’audition est-elle évaluée?

L’audiologiste évalue l’audition et le système vestibulaire, et cette consultation ne demande pas de diagnostic médical préalable. Un médecin peut d’abord écarter une cause temporaire comme un bouchon ou une otite. Selon les résultats, la personne est dirigée vers une ou un ORL pour les examens médicaux complémentaires.
Chez le nouveau-né, la démarche est différente. Le dépistage utilise les émissions otoacoustiques ou les potentiels évoqués auditifs du tronc cérébral, deux tests rapides, indolores et faits pendant le sommeil du bébé. Un dépistage non réussi n’équivaut pas à un diagnostic : seule l’évaluation en audiologie confirme la présence d’une surdité et son degré.
| Intervenant | Rôle | Quand le consulter |
|---|---|---|
| Médecin | Examine l’oreille, cherche une cause temporaire ou médicale, dirige vers les bons services. | Baisse d’audition récente, douleur, écoulement, doute sur un bouchon ou une infection. |
| Audiologiste | Évalue l’audition et le système vestibulaire, recommande les appareils et les stratégies de communication. | Perte auditive soupçonnée, acouphènes, intolérance aux sons, vertiges, difficulté à comprendre dans le bruit. |
| Oto-rhino-laryngologiste | Prend en charge les conditions médicales et chirurgicales de l’oreille. | Quand une condition médicale précise est soupçonnée ou confirmée. |
| Programme public d’aides auditives | Prend en charge l’achat, la réparation et le remplacement des prothèses et des aides de suppléance pour les personnes admissibles. | Après l’évaluation, quand un appareillage ou une aide technique est recommandé. |
| Services de réadaptation | Soutien pour la communication, l’adaptation du milieu de vie et le retour aux activités. | Quand la perte auditive change la vie scolaire, professionnelle ou sociale. |
Un détail change beaucoup de choses : la plupart des personnes qui ont une perte auditive légère ne s’en rendent pas compte, note Santé Canada. La baisse s’installe lentement, l’entourage compense, et le premier signe est souvent une remarque d’un proche sur le volume de la télévision plutôt qu’une plainte de la personne elle-même.
Quelles aides et quels moyens de communication existent?

Il n’y a pas une bonne réponse valable pour tout le monde. L’Organisation mondiale de la santé décrit un éventail : technologies auditives, orthophonie, apprentissage de la langue des signes et d’autres moyens de substitution comme la lecture labiale, aides de suppléance, sous-titrage et interprétation, puis accompagnement pour l’école et le travail.
Le choix se fait avec la personne et ses proches, selon l’âge auquel la surdité apparaît, son degré, la présence d’autres atteintes et le milieu de vie. Une famille peut combiner plusieurs moyens, et ce choix se révise avec le temps. Présenter une option comme supérieure aux autres ne rend service à personne.
| Moyen | Ce que c’est | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Prothèses auditives | Appareils qui amplifient et traitent le son selon le profil auditif. | Le programme public d’aides auditives couvre l’achat, la réparation et le remplacement pour les personnes admissibles. |
| Implants | Implant cochléaire, implant à conduction osseuse ou implant d’oreille moyenne selon le cas. | L’OMS les place parmi les technologies de l’audition, avec une formation à leur utilisation. |
| Aides de suppléance | Amplificateur téléphonique, détecteur de sonnerie de porte ou de téléphone, réveille-matin adapté, téléscripteur. | Ces aides compensent des situations précises que la prothèse seule ne règle pas. |
| Langue des signes et lecture labiale | Modes de communication visuels, appris par la personne et souvent par son entourage. | Utilisés seuls ou avec la parole. Le choix appartient à la personne et à sa famille. |
| Sous-titrage et interprétation | Sous-titres, systèmes de boucle magnétique, dispositifs d’alerte, services d’interprétation. | Ils rendent accessibles des situations que l’appareillage ne couvre pas, comme une réunion ou un cours. |
Comment la surdité change-t-elle le quotidien?

La fatigue est l’effet le plus sous-estimé. Comprendre demande un effort continu : suivre les lèvres, deviner les mots manquants, reconstituer le sens et vérifier qu’on a bien compris. Une journée de réunions ou de classe épuise davantage qu’une journée équivalente pour une personne entendante, sans que cela paraisse.
Les conséquences dépassent la conversation. L’OMS mentionne les limites de communication, l’isolement social, la solitude, la stigmatisation, et un accès restreint à l’éducation et à l’emploi quand la déficience auditive n’est pas prise en charge. Chez l’enfant, même une atteinte légère peut nuire au langage et aux apprentissages scolaires.
| Rôle | Ce qui devient difficile | Ce qui aide souvent |
|---|---|---|
| Travail | Réunions à plusieurs, appels, consignes données de dos, environnements bruyants. | Ordre du jour écrit, sous-titrage, place choisie, une seule personne qui parle à la fois. |
| École | Consignes orales, travaux d’équipe, vidéos sans sous-titres, bruit de fond en classe. | Systèmes de transmission du son, notes de cours, orthophonie, aménagement de la classe. |
| Vie familiale et sociale | Repas de groupe, conversations d’une pièce à l’autre, télévision partagée. | Se placer face à la personne, réduire le bruit, sous-titres, aides de suppléance à la maison. |
| Sécurité | Alarmes, sonnettes, avertisseurs, sons d’avertissement dans la rue. | Dispositifs d’alerte visuels ou vibratoires, détecteurs adaptés. |
| Téléphone et services | Appels aux services publics, rendez-vous, démarches administratives. | Amplificateur, messagerie texte, service d’interprétation, aide d’un proche. |
La surdité donne-t-elle droit au CIPH?
Non, pas automatiquement. Aucun diagnostic n’ouvre à lui seul l’accès au crédit d’impôt pour personnes handicapées. L’Agence du revenu du Canada évalue les effets fonctionnels d’une déficience grave et prolongée, attestés par un professionnel de la santé autorisé. Le degré inscrit à l’audiogramme ne remplace pas cette description.
Le guide de l’ARC sur l’admissibilité au CIPH présente des catégories de fonctions et une exigence de durée. Pour une atteinte auditive, ce qui compte est la capacité d’entendre dans les situations de la vie courante, y compris avec les appareils utilisés, et l’aide requise pour y arriver.
| À documenter | Formulation utile | À éviter |
|---|---|---|
| La fonction touchée | Comprendre une conversation courante, avec et sans appareil, en tête-à-tête et en groupe. | Se limiter à écrire le mot surdité en supposant qu’il parle de lui-même. |
| L’aide nécessaire | Appareils, sous-titrage, interprétation, répétition, écriture, présence d’une autre personne. | Omettre les appareils utilisés, ou laisser croire qu’ils règlent toutes les situations. |
| La durée | Depuis quand l’atteinte existe et ce qui persiste malgré l’appareillage et la réadaptation. | Présenter une baisse temporaire liée à une otite comme un état permanent. |
| La fréquence | Ce qui se passe dans une journée ordinaire, y compris au travail et au téléphone. | Décrire uniquement les conditions idéales, en tête-à-tête et au calme. |
| Le retentissement réel | La consigne n’est pas entendue, l’appel ne se fait pas, l’échange exige une tierce personne. | Conclure soi-même à une admissibilité ou à un refus. |
La partie médicale du formulaire revient à une personne autorisée qui connaît le dossier, et la page de l’ARC sur la façon de faire une demande de CIPH précise le rôle de chacun. Notre explication du CIPH résume la logique du programme, l’index des conditions mène vers une page plus ciblée, et la page contact sert aux questions sur une situation précise.
Une nuance mérite d’être dite franchement. Beaucoup de personnes sourdes ne se considèrent pas malades et ne cherchent pas à être réparées. Le programme fiscal, lui, ne porte pas sur l’identité : il examine des limitations prolongées et documentées. Les deux façons de voir peuvent coexister sans se contredire.
Sources consultées
- Organisation mondiale de la santé, Surdité et perte auditive, pour les degrés, les causes selon la période de la vie et les moyens de réadaptation.
- Gouvernement du Québec, Dépistage de la surdité chez les nouveau-nés, pour la définition, la fréquence à la naissance et les tests de dépistage.
- Santé Canada, Bruit et son : perte auditive et acouphène, pour les pertes liées à l’âge et au bruit et leurs effets sur la conversation.
- Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, Quand et pourquoi consulter l’audiologiste, pour le rôle de l’audiologiste et l’urgence d’une baisse soudaine.
- Gouvernement du Québec, Programme d’aides auditives, pour les prothèses et les aides de suppléance couvertes.
- Santé Québec, Quand consulter à l’urgence, pour Info-Santé au 811 et les situations exigeant le 911.
- Agence du revenu du Canada, Qui est admissible au CIPH, pour les catégories de fonctions et la durée.
- Agence du revenu du Canada, Comment faire une demande de CIPH, pour l’attestation par un professionnel autorisé.
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