Hémophilie
Qu’est-ce que l’hémophilie?
Hémophilie A et B, degrés de gravité, saignements à reconnaître, urgences, traitements actuels et vie quotidienne, plus le lien réel avec le CIPH.
À retenir : l’hémophilie est un trouble hémorragique héréditaire causé par un déficit en facteur VIII ou en facteur IX de la coagulation. Le sang ne coule pas plus vite ni plus abondamment que la normale, il coule plus longtemps. Les coupures superficielles sont rarement le problème. Ce sont les saignements dans les articulations, les muscles et les tissus profonds qui font les dégâts.
Situation urgente : tout traumatisme à la tête, même banal, peut déclencher une hémorragie intracrânienne chez une personne hémophile. Un mal de tête qui persiste, des vomissements répétés, une somnolence inhabituelle, une faiblesse soudaine d’un membre ou des convulsions exigent le 911. Un saignement à la base de la langue ou au cou peut obstruer les voies respiratoires. Cette page informe et ne remplace pas une évaluation clinique.
Qu’est-ce que l’hémophilie?

L’hémophilie regroupe des troubles hémorragiques héréditaires causés par un déficit en facteur VIII ou en facteur IX, selon le Manuel Merck, édition professionnelle. L’importance du déficit détermine la fréquence et la gravité des saignements. Une hémorragie dans une articulation ou un tissu profond apparaît souvent quelques heures après le traumatisme qui l’a causée.
La coagulation normale ressemble à une rangée de dominos. Les plaquettes bouchent la brèche, puis une série de protéines s’activent l’une après l’autre pour tisser un maillage de fibrine qui verrouille le caillot. Quand le facteur VIII ou le facteur IX manque, la chaîne s’interrompt. Le caillot reste mou et se défait facilement.
Le mythe le plus tenace veut qu’une personne hémophile se vide de son sang à la moindre égratignure. Faux. Une coupure au doigt se soigne comme chez tout le monde. Le vrai risque se trouve à l’intérieur du corps, là où personne ne voit rien passer.
Une précision qui compte pour la recherche en ligne : il existe aussi une hémophilie acquise, beaucoup plus rare. Les Centers for Disease Control and Prevention la décrivent comme une forme apparue plus tard dans la vie, surtout chez des personnes d’âge moyen ou âgées et chez de jeunes femmes en fin de grossesse ou récemment accouchées. Elle se règle souvent avec un traitement approprié. Le reste de cette page porte sur les formes héréditaires.
Quelle est la différence entre l’hémophilie A et l’hémophilie B?

Les deux formes donnent des manifestations cliniques identiques et les mêmes anomalies aux tests de dépistage. Elles diffèrent par la protéine manquante, donc par le produit utilisé pour la remplacer. Seul un dosage spécifique des facteurs permet de les distinguer, et cette distinction commande tout le plan de traitement qui suivra.
| Caractéristique | Hémophilie A | Hémophilie B |
|---|---|---|
| Protéine déficitaire | Facteur VIII | Facteur IX |
| Autre nom courant | Hémophilie classique | Maladie de Christmas |
| Part des personnes hémophiles | Environ quatre sur cinq | Environ une sur cinq |
| Remplacement du facteur | Concentrés de facteur VIII | Concentrés de facteur IX, à dose plus élevée |
| Option sans facteur | Émicizumab, anticorps sous-cutané qui remplace la fonction du facteur VIII | Autres agents en développement ou approuvés selon les cas |
| Anticorps inhibiteurs | Plus fréquents | Nettement plus rares |
Le nom maladie de Christmas vient du patronyme du premier patient décrit avec cette forme distincte. Si votre rapport de laboratoire mentionne un autre facteur que le VIII ou le IX, vous n’êtes pas dans la même maladie. Le déficit en facteur XI, parfois appelé hémophilie C, suit sa propre logique.
Que veulent dire hémophilie légère, modérée et sévère?

La gravité se mesure au taux de facteur dans le sang, pas à l’impression que donne la personne. L’hémostase reste normale tant que le facteur VIII ou IX atteint la moitié de la valeur normale. Sous ce seuil, le Manuel Merck décrit trois degrés qui prédisent assez bien le type de saignements attendus.
| Degré | Taux de facteur VIII ou IX | Ce que cela change en pratique |
|---|---|---|
| Sévère | Moins de un pour cent de la normale | Hémorragies graves toute la vie, souvent dès les premiers jours, parfois après une circoncision |
| Modérée | De un à cinq pour cent de la normale | Saignements après des traumatismes minimes, un coup ou une torsion |
| Légère | De cinq à moins de cinquante pour cent de la normale | Diagnostic parfois tardif, révélé par une chirurgie ou une extraction dentaire |
Une hémophilie légère n’est pas une hémophilie sans conséquence. Un saignement articulaire important peut abîmer une articulation de façon durable, et une intervention chirurgicale sans préparation peut mal tourner. C’est pour cette raison que la préparation avant un geste dentaire ou chirurgical se planifie avec la même rigueur dans les trois degrés.
Comment l’hémophilie se transmet-elle?

Les gènes du facteur VIII et du facteur IX se trouvent sur le chromosome X, ce qui fait de l’hémophilie une maladie liée au sexe. Les hommes n’ont qu’un seul chromosome X et sont donc atteints le plus souvent. Les femmes en ont deux, et le second compense en partie, sans toujours le faire au complet.
| Situation des parents | Garçons | Filles |
|---|---|---|
| Père hémophile, mère non porteuse | Aucun ne sera atteint | Toutes seront porteuses obligatoires |
| Mère porteuse, père non atteint | Une chance sur deux d’être atteint | Une chance sur deux d’être porteuse |
| Aucun antécédent familial | Les cas sporadiques ne sont pas rares, y compris dans les formes sévères | |
Ce dernier point surprend souvent les familles. Une mutation peut apparaître sans histoire connue d’hémophilie, et le gène peut circuler discrètement pendant des générations sans jamais toucher un garçon.
Les femmes peuvent-elles avoir des symptômes?

Oui, et cette question a longtemps été mal traitée. Certaines porteuses deviennent symptomatiques lors d’un accouchement ou d’une intervention effractive, parce que le chromosome X normal est préférentiellement inactivé. Leur taux de facteur se situe alors dans la fourchette d’une hémophilie légère, avec un risque réel de saignement au bloc opératoire.
Une femme qui saigne longtemps après une extraction dentaire, une chirurgie ou une naissance mérite un bilan, même si son entourage lui répète qu’elle n’est que porteuse . Les mots comptent ici, parce qu’ils décident du suivi qu’on lui offre. Le dosage du facteur VIII ou du facteur IX oriente souvent le diagnostic, et un test génétique le confirme.
Quels signes de saignement faut-il reconnaître?

Un saignement interne se reconnaît avant qu’il ne devienne visible. La douleur apparaît souvent au tout début, parfois avant le moindre signe objectivable. Ensuite viennent la chaleur, l’enflure, puis l’impossibilité de plier ou d’étendre l’articulation. Savoir nommer cette première sensation change complètement l’issue de l’épisode.
| Site du saignement | Ce que la personne remarque | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| Articulation, surtout genou, cheville, coude | Sensation de tension, chaleur, enflure, membre gardé plié | Les hémarthroses répétées mènent à une inflammation de la synoviale et à une arthropathie |
| Muscle profond | Douleur sourde, gonflement tendu, perte de force | Un hématome peut comprimer des nerfs et laisser des séquelles |
| Rétropéritoine | Douleur au ventre, à l’aine ou au dos, difficulté à étendre la hanche | Le saignement passe inaperçu longtemps et peut être abondant |
| Bouche et gencives | Saignement qui reprend après une dent perdue ou une morsure | Souvent le signe révélateur chez le jeune enfant |
| Urines ou selles | Sang visible, sans douleur nécessairement | Demande une évaluation même quand tout le reste va bien |
| Peau | Ecchymoses nombreuses, hématomes après une vaccination | Motif fréquent de consultation avant le diagnostic |
Chez le nourrisson, les premiers signes arrivent souvent avec les déplacements : bleus aux endroits où on le soulève, hésitation à utiliser un bras, pleurs inhabituels après une chute. La page Hémophilie d’AboutKidsHealth, produite par le personnel de SickKids, liste aussi le saignement prolongé après une circoncision ou une prise de sang.
Quand faut-il aller à l’urgence sans attendre?
Certains saignements ne tolèrent aucun délai. Le Manuel Merck est explicite : devant une céphalée qui pourrait révéler une hémorragie intracrânienne, le traitement commence avant même les résultats de l’imagerie. Autrement dit, on ne perd pas de temps à confirmer. Les signes ci-dessous justifient un appel au 911.
| Signal | Ce que cela peut indiquer | Geste attendu |
|---|---|---|
| Mal de tête qui persiste, vomissements répétés, somnolence | Hémorragie intracrânienne | 911 sans attendre |
| Faiblesse d’un bras ou d’une jambe, convulsions, confusion | Hémorragie intracrânienne | 911 sans attendre |
| Enflure du cou, de la gorge ou de la base de la langue | Obstruction possible des voies respiratoires | 911 sans attendre |
| Coup à la tête, même léger, même sans symptôme | Saignement qui peut se déclarer plus tard | Contact immédiat avec l’équipe traitante |
| Articulation chaude, tendue, impossible à bouger | Hémarthrose en cours | Traitement du facteur, puis repos et immobilisation |
Gardez sur vous une carte qui indique votre diagnostic, votre type d’hémophilie et les coordonnées de votre centre traitant. Pour une question qui n’est pas urgente, Info-Santé 811 oriente vers la bonne ressource au Québec, à toute heure.
Comment pose-t-on le diagnostic?
Le bilan de base combine une numération plaquettaire, un temps de prothrombine et un temps de céphaline activée. Dans l’hémophilie, seul le temps de céphaline est allongé : les plaquettes et le temps de prothrombine restent normaux. Les dosages spécifiques des facteurs VIII et IX précisent ensuite le type et le degré.
Le laboratoire mesure aussi l’activité et l’antigène du facteur de von Willebrand, parce que le taux de facteur VIII baisse également dans cette autre maladie. Cette vérification s’impose surtout devant une hémophilie A légère avec des saignements dans les deux sexes de la famille. Une confusion à cette étape mène à un mauvais traitement.
Le diagnostic de certitude repose sur un test génétique. L’analyse de l’ADN, offerte dans des centres spécialisés, sert aussi à déterminer si une femme est porteuse et permet un diagnostic prénatal par prélèvement de villosités choriales ou par amniocentèse. Ces gestes comportent un risque de fausse couche que l’équipe explique avant toute décision.
Comment traite-t-on l’hémophilie aujourd’hui?
Le traitement principal reste le remplacement du facteur déficitaire, par perfusion. À cela se sont ajoutés des concentrés à demi-vie prolongée et des traitements dits non factoriels, qui contournent le facteur manquant. Devant des symptômes évocateurs d’hémorragie, le traitement commence immédiatement, sans attendre les résultats des examens complémentaires.
| Approche | Principe | À savoir |
|---|---|---|
| Concentrés de facteur, demi-vie standard | Perfusion intraveineuse du facteur VIII ou IX manquant | Le facteur recombinant est privilégié, car il est exempt de virus |
| Concentrés à demi-vie prolongée | Molécule fusionnée pour durer plus longtemps dans le sang | Permet des administrations moins fréquentes |
| Prophylaxie | Traitement régulier pour prévenir les saignements | Recommandée à vie après une hémorragie intracrânienne |
| Émicizumab, hémophilie A | Anticorps bispécifique qui relie les facteurs IX et X et contourne le facteur VIII | Injection sous-cutanée aux une, deux ou quatre semaines |
| Desmopressine (DDAVP) | Stimule la libération du facteur VIII déjà présent dans l’organisme | Réservée à l’hémophilie A légère chez une personne qui y répond |
| Antifibrinolytiques | Acide tranexamique ou acide aminocaproïque | Utile après une extraction dentaire ou une plaie de la bouche |
| Thérapie génique | Vecteur viral qui fait produire le facteur par l’organisme | Des produits existent pour l’hémophilie A et B, avec un accès encadré |
Deux nuances valent la peine d’être retenues. Le plasma frais congelé et le cryoprécipité ne servent qu’en dépannage, quand aucun concentré n’est disponible, parce qu’ils ne sont généralement pas inactivés contre les virus. Et la desmopressine ne convient pas à tout le monde : la réponse individuelle se teste avant d’en faire un traitement.
Que changent les inhibiteurs et l’arthropathie au quotidien?
Un inhibiteur est un anticorps qui neutralise le facteur perfusé. Le traitement habituel cesse de fonctionner et le risque hémorragique remonte d’un coup. Ces anticorps apparaissent après des expositions répétées au facteur, nettement plus souvent dans l’hémophilie A sévère que dans l’hémophilie B, où ils demeurent rares.
L’arthropathie, elle, s’installe lentement et sans bruit. Le sang qui entre dans une articulation enflamme la membrane synoviale, qui s’épaissit et saigne plus facilement la fois suivante. Le cartilage se dégrade. L’articulation perd de l’amplitude, les muscles autour fondent, et la douleur devient chronique. C’est ce cercle, plus que les épisodes isolés, qui produit les limitations durables.
| Domaine | Effet possible | Adaptation courante |
|---|---|---|
| Déplacements | Douleur et raideur des chevilles et des genoux, immobilisation après un saignement | Aide à la marche temporaire, physiothérapie de réadaptation |
| Travail | Absences imprévisibles, limites au port de charges et aux gestes répétitifs | Horaire flexible, tâches modifiées, poste adapté |
| École | Absences pour perfusions, cours d’éducation physique à ajuster | Plan d’intervention et information au personnel scolaire |
| Sports | Risque variable selon l’activité et le degré | Activités à faible impact, dose préventive avant l’effort dans certains cas |
| Soins à domicile | Perfusions à préparer et à administrer soi-même ou par un proche | Formation par l’équipe traitante, réserve de produit à la maison |
| Santé psychologique | Anxiété devant les saignements, fatigue du rôle d’aidant | Soutien psychosocial, ressources communautaires |
Le suivi passe par une équipe qui réunit hématologie, soins infirmiers, physiothérapie et travail social. L’activité physique n’est pas un luxe dans ce contexte : des muscles solides protègent les articulations. Le choix des sports se décide avec l’équipe traitante, selon le degré et l’état articulaire, pas selon une règle universelle.
L’hémophilie donne-t-elle droit au crédit d’impôt pour personnes handicapées?
Non, pas en soi. L’Agence du revenu du Canada n’accorde jamais le CIPH sur la foi d’un nom de maladie. Elle évalue les effets d’une déficience prolongée sur les fonctions de la vie courante, tels qu’ils sont attestés par un professionnel de la santé autorisé. Le diagnostic sert de contexte, pas de laissez-passer.
Les fonctions évaluées et les catégories admissibles figurent sur la page de l’ARC portant sur l’admissibilité au CIPH. La marche à suivre est décrite dans la page sur la façon de faire une demande, et l’attestation passe par le formulaire T2201. Deux personnes ayant le même degré d’hémophilie peuvent recevoir des décisions opposées, parce que leurs limitations documentées diffèrent.
Dans l’hémophilie, ce sont les conséquences durables qui se documentent : l’arthropathie qui limite la marche, la douleur chronique, les gestes du quotidien devenus difficiles, le temps consacré à des soins thérapeutiques. Un saignement isolé, même sévère, ne constitue pas une déficience prolongée. Une décision favorable peut ensuite ouvrir la porte au Programme canadien pour l’épargne-invalidité.
Pour poursuivre votre lecture, consultez notre page sur le CIPH, celle qui explique le REEI, la calculatrice REEI et l’index des conditions de santé. Si votre situation touche un autre trouble sanguin héréditaire, la page sur la thalassémie couvre un contexte voisin.
Comment préparer un dossier sans confondre diagnostic et limitation?
Partez des gestes concrets qui posent problème, puis reliez chacun à l’hémophilie et à ses suites. Le professionnel qui remplit le formulaire doit décrire ce qui se passe dans la vraie vie, avec des exemples observables et une chronologie. Un nom de maladie inscrit seul dans une case n’apprend rien à l’ARC sur vos limitations.
- Notez les activités touchées et ce qui arrive quand vous tentez de les faire.
- Précisez la durée des épisodes, le temps de récupération et ce qui persiste entre eux.
- Décrivez les aides utilisées, y compris les soins à domicile, et ce qui reste difficile malgré elles.
- Rassemblez les notes du centre traitant, les évaluations en physiothérapie et l’historique des saignements.
- Demandez au professionnel de vérifier que sa description correspond au dossier clinique.
- Gardez une copie complète de ce qui est transmis à l’ARC.
Cette page n’offre ni conseil médical, ni conseil fiscal, ni conseil juridique. Elle sert à organiser les faits avant une attestation. Si la réponse de l’ARC est négative, lisez les motifs inscrits dans l’avis, puis vérifiez les options de révision. Ne modifiez jamais un traitement contre l’hémophilie pour des raisons fiscales.
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